7,2 milliards d’euros de production d’énergie renouvelable perdue d’ici 2024 en raison du manque de capacité de transmission
Les opérateurs de transmission européens ne sont pas prêts à répondre à la transformation énergétique nécessaire pour atteindre 2030 cibles climatiques, selon un rapport de Beyond Fossil Fossiles en collaboration avec E3G, Ember et l’Institut d’économie d’énergie et d’analyse financière (IEEFA), qui a analysé les pratiques et les plans de 32 opérateurs de transmission dans 28 pays. L’étude conclut que les réseaux d’électricité de l’Europe restent un obstacle majeur au déploiement d’énergie propre, avec 1 700 GW d’énergie renouvelable bloqués dans les files d’attente de connexion, c’est-à-dire en attendant d’être intégrés dans le système. Ce chiffre est plus de trois fois plus que nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques et énergétiques de l’Union européenne. Les données ont été fournies par le site Web Analytical Strategic Energy.
Le rapport note qu’en 2024, 7,2 milliards d’euros de production d’énergie renouvelable ont été réduits dans sept pays européens en raison des contraintes de capacité de grille. Cette situation paralyse non seulement des millions de dollars d’investissement, mais compromet également la sécurité énergétique du continent en maintenant une forte dépendance aux combustibles fossiles. «L’Europe a besoin d’une expansion massive de son réseau électrique pour augmenter la production d’énergies renouvelables, stimuler la croissance économique et se libérer des marchés risqués des combustibles fossiles», explique Juliette Phillips, militante pour les combustibles fossiles.
Malgré ce contexte, la plupart des opérateurs européens de transmission d’électricité prévoient toujours une part importante de gaz dans leurs scénarios jusqu’en 2035, ce qui va à l’encontre des objectifs de décarbonisation. Seuls cinq opérateurs ont modélisé un système entièrement renouvelable à ce jour, et seulement 13 ont des engagements ou des cibles climatiques spécifiques inclus dans leurs feuilles de route. Cet écart entre l’urgence climatique et la planification des infrastructures a conduit l’organisation à émettre une série de recommandations spécifiques aux gouvernements nationaux.
Parmi ceux-ci, le rapport met en évidence la nécessité de revoir les mandats juridiques des opérateurs de transmission électrique et des régulateurs énergétiques pour s’assurer qu’ils sont alignés sur les objectifs climatiques, ainsi que pour établir des autorités publiques entièrement indépendantes pour la planification du réseau électrique, capable d’éviter les conflits d’intérêt et d’adopter une vision à long terme. À cet égard, le rapport cite comme exemple le Royaume-Uni, où l’opérateur national du système énergétique (NESO) a été créé en tant qu’entité autonome responsable de la planification du système, distincte de l’opérateur électrique National Grid.
Le cas de la Pologne est également mis en évidence, où les réformes du marché mises en œuvre en 2024 ont permis l’inclusion de signaux de flexibilité côté demande par le biais de nouveaux tarifs, et le stockage a bénéficié des technologies de combustible fossile grâce aux contrats de capacité. Pendant ce temps, le Danemark a permis à plus de 550 organisations, notamment des piscines, des jardins d’enfants, des patinoires et de l’industrie lourde, pour participer à l’équilibre du réseau électrique grâce aux réformes mises en œuvre par l’opérateur Energinet. «Grâce aux réformes de TSO Energinet, 550 organisations offrent des services au réseau électrique et bénéficient de plus d’opportunités commerciales et d’un marché équilibré», souligne le rapport. La clé d’un système énergétique propre, sécurisé et abordable est d’augmenter la capacité de stockage, de gérer de manière flexible la demande et de hiérarchiser la connexion des projets d’énergie renouvelable déjà opérationnels, insiste le document. Pour y parvenir, les opérateurs de transmission doivent adopter les meilleures pratiques et jouer un rôle plus actif dans la transformation de l’énergie. «Donner aux opérateurs de transmission et à leurs régulateurs un mandat climatique peut s’assurer qu’ils font les investissements et décisions à long terme nécessaires pour garantir l’avenir de notre système énergétique», prévient Phillips.
L’avertissement est clair: sans l’expansion rapide, planifiée et durable du réseau électrique, l’Europe ne pourra pas respecter ses engagements climatiques, exploiter le potentiel économique des énergies renouvelables ou réduire sa dépendance à l’égard des importations de combustibles fossiles. La transformation d’énergie est sur la bonne voie, mais les réseaux d’électricité ne sont pas encore prêts pour cela.
Photo illustrative de Pixabay: https://www.pexels.com/photo/blue-solar-panel-board-356036/
Publié à l’origine dans The European Times.




