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lundi, avril 22, 2024
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C’est une révolte? Non… Juste une bande d’arriérés

Publié avec l'autorisation de son auteur, Charles Hosten

Publié le

Boum! La (re)voilà, cette foule inquiétante armée de gourdins. Allumant torches, brandissant fourches, soutenant le progrès comme la corde soutient le pendu. On s’en souviendra, elle avait déjà fait des misères à Galilée et c’est régulièrement, bouffie de haine comme d’ignorance, qu’on la voit dans les Simpsons s’en prendre à tout ce qui s’apparente à du bon sens. Depuis la dernière fois, on peut dire qu’elle ne nous avait pas manqué. Souvenez-vous, il s’agissait de pratiques barbares qu’on ne pouvait pas revisiter (et encore!) dans l’intérêt du bien-être animal sans être traité d’islamophobe, ou un truc comme ça. Mais, vous me direz, ces gens peuvent dire ce qu’ils pensent! C’est leur droit! OK, pas besoin de me convaincre là-dessus. Restons sur la question des droits en parlant du droit à l’éducation car force est de constater que certains de ces affreux-jojos seront passés à l’étape suivante en cramant des écoles. Et, là, au risque de vous paraître un poil belliqueux, j’y vois comme une déclaration de guerre. Contre qui? Vous, moi, nous. Enfin, notre société dans son ensemble puisque déclarée à son laboratoire et son antichambre de prédilection : l’école. Mais, je vais peut-être un peu loin vu que même la décapitation d’un enseignant, de nos jours, avec un petit lexique victimaire, ça se relativise fastoche.

Face à cette foule amène et distinguée, nous trouvons d’abord les sidérés, pour ne pas dire naïfs. Eux, ils n’avaient vraiment RIEN vu venir. Mais oui, étrange objet-volant-non-identifié que ce raidissement rétrograde. “Par où s’est-il faufilé ? Sans doute s’est-il frayé un chemin pendant qu’on discutait du sexe des anges?”. Il est de toute façon désormais plus fréquent, dans les salons où l’on s’autorise à penser, de se reluquer le toupet que de surveiller la porte de derrière. 

A côté, vous avez les fachos. Eux, on s’en passerait bien aussi. Surtout quand ils essaient de faire copain-copain.Qu’importe le sujet, de leur point de vue tous les combats sont bons tant qu’ils peuvent bouffer du voile et de la djellaba. Ce qui les dérange, c’est pas vraiment que les droits des femmes, par exemple, soient bafoués, non. C’est que de jeunes basanés écoutent de la musique trop fort et qu’une odeur illicite de Ras el-hanout flotte dans l’air. “Parce que de mon temps, ça sentait la marjolaine et je peux vous dire que la Huguette, elle filait doux!”.

En retrait, (parce qu’ils se sentent bien emmerdés, pour le coup…) il y a les défenseurs du bien. Ceux qui ont toujours besoin de victimes à sauver pour se faire une place du bon côté de la morale. Bah oui, pour eux ça la fout mal. Ils étaient à deux doigts de figurer dans les livres d’Histoire comme résistants face à notre Etat fasciste. Pas de bol. Non seulement leurs instruments/victimes favoris.tes manifestent contre le bien (apparement, ça les branchait pas trop qu’on mélange tolérance et homosexualité dans la même phrase) mais, EN PLUS -vous allez voir, c’est désopilant-, ils le font aux côtés de conservateurs bien caucasiens qui, dans le passé, s’étaient déjà pas mal insurgés contre le droit à l’avortement et d’autres trucs sympas. Stoppez les machines, le vivre-ensemble c’est démodé. Haïr-ensemble, c’est plus rapide et surtout plus efficace. En tout cas, ça réconcilie plus facilement le quamis et le velour côtelé et,ça, c’est une trouvaille!  

Faisons l’impasse sur ceux qui s’en foutent (il y en a trop) et, dans un coin, divisés, vous trouverez les laïcs, les vrais… aussi fédérés que l’ex-yougoslavie. Ne me faites pas dire du mal d’eux, j’en fais partie! Mais c’est vrai qu’il faut dire qu’entre les naïfs qui s’agitent comme des gosses à qui on rackette le cartable, les fachos qui se liment les dents à la baïonnette, les vertueux qui se caressent le narcisse dans un coin, les inconscients qui jettent du pain aux canards et les laïcs qui regardent toujours au microscope le train qui leur arrive en pleine tronche, ça donne envie de claquer la porte.

“Mais, il est passé ce texte, qu’est-ce que tu veux de plus?”. Oui, je l’admets, le texte est passé et je me réjouis que des bambins, toutes origines confondues (je vous vois venir, petits malins), puissent entendre à l’école ce qui n’est pas toujours dit à la maison. “L’homme n’a pas autorité sur la femme”, “L‘homosexualité c’est normal”, “Quand c’est non, c’est non”, piochez, y’en a plein. L’entendre et surtout acquérir les savoirs-être en conséquence. N’en déplaise aux fervents défenseurs du sacro-saint privilège des parents à aborder ces questions – tout en chargeant la mule de l’école pour tout le reste- , c’est en faveur d’une plus grande égalité que ces savoirs doivent être enseignés de façon équitable. Une égalité pour chacun et chacune de profiter des mêmes codes relationnels dans leur approche tant d’eux-mêmes que des autres. Aucun différentialisme, fusse-t-il nimbé de sacré, ne pourrait servir de marchepied à la création de citoyens de seconde zone, des citoyens qu’on n’aurait pas munis de leur propre mode d’emploi, notice nécessaire à toute vie en société. Quelle meilleure façon, d’ailleurs, de créer des ghettos que de laisser à la discrétion des cellules familiales la transmission de valeurs à ce point sociétales. Ces principes ne concernent pas exclusivement ces cellules mais bien tout l’organisme, s’il veut être viable et sont autant de dénominateurs communs dépassant de loin les intérêts de particularismes égocentrés.

Oui, l’EVRAS a été soutenue. Bien joué les gars. On envoie le générique de fin? Non. Ce serait ignorer le problème de fond. Car, si un texte que rien n’aurait dû empêcher a bien été sauvé – youpie! – tiède est aujourd’hui la mobilisation pour dénoncer les hallucinantes et violentes réactions que celui-ci aura suscité. Nous voici soulagés, satisfaits d’avoir défendu ce qui n’était rien d’autre qu’une évidence. Champagne, donc. Trève de naïveté. Considérer cette issue comme une victoire serait comme croire que l’affaire Dreyfus aura suffit à vaincre l’antisémitisme. N’est-il pas temps de nommer les choses plutôt que d’en avoir peur, encore et toujours? Qu’est-ce que cette actualité sinon la photo instantanée d’un problème croissant, le portrait-robot d’une rage identitaire et d’un entrisme religieux qui progressent main dans la main, portes ouvertes par certains et révérences faites par d’autres. L’intolérance, celle dont nous tremblons tous d’être accusés, valet puant frappant de discrédit et vouant aux gémonies celui qui en est affublé, la voilà. Une fois distinguée, ne nous arrêtons pas en si bon chemin et n’ayons pas peur (surtout!) de la nommer.

Combien de temps allons nous encore, plus culpabilisés que coupables, jouer les ventres mous, baisser la tête et regarder nos souliers? La première étape était sémantique et a infiltré tous les secteurs, notamment l’institutionnel. La suivante se servira des institutions pour imposer un différentialisme décomplexé parce que légal. Cessons de nourrir le crocodile, de céder en pensant calmer ce rouleau compresseur.

Faisons mieux que de nous défendre, agissons! Investissons solidairement le terrain. Il n’est presque pas trop tard pour installer une stricte neutralité dans les services publics et transmettre à la jeunesse la connaissance et le goût de ce trésor arraché à l’obscurantisme au prix de tant d’efforts : La laïcité. Une laïcité à inscrire dans notre Constitution. Right now!

Le temps est venu de s’unir et de sortir du bois. Rassurez-vous, pas pour cramer des écoles, non. Pour les investir.

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